Il fut un temps, dans une plaine lointaine,
Une légende parcourait les villes.
Une histoire connue de tous, entretenant le mythe et la peur
D'un monde inconnu et inhospitalier.
Cette légende, la voici, telle qu'elle me fut contée à l'époque :
 
Rougeoyant de ses plus belles couleurs,
L'astre du jour accompagne nos voyageurs.
 
Après de longues heures de marche,
C'est le repos, en compagnie des vaches,
Qui guette les deux compères.
 
Une chanson flotte sur les lèvres,
Du papillon à la coccinelle, du chien au lièvre,
En passant par l'âne et le cheval.
Mais c'est bien Le Moine qui a lancé le bal.
 
Tôt le matin déjà, nombreux étaient les arbres,
Avec leurs feuilles au vent, qui prêtaient leurs oreilles
Aux fantastiques et envoutantes proses du pèlerin.
 
La compagnie s'installa, fatiguée de la journée ensoleillée
Bien que l'heure ne soit pas encore au silence, on rompt le pain
Avec pour seul compagnon le vent,
Le seul ami qui jamais ne vous ment.
 
Une senteur de menthe flotte dans l'air,
Cueillie fraichement pendant la promenade. Elle sort des tanières
Le plus sauvage des loups et le plus timide des ours.
 
C'est pour la tisane que les pousses
Ont été arrachées, et non pour les plaisirs
Du Guerrier, qui se contente d'écrire
Les vers de son compagnon, qu'il récite
D'un ton mélancolique.
 
La nuit pointe, tandis que les étoiles
Se pressent de présenter leurs plus beaux atours sur la toile
Céleste, comme des papillons brusquement dérangés.
 
Le Moine fait silence et profite de la Lune éclairée,
Belle et merveilleuse, seule au milieu du ciel.
 
Le Guerrier s'étend et pense à Aluyel,
Son aimée, la rose de sa vie,
Qui s'éloigne de lui, petit-à-petit.
 
Car depuis longtemps déjà, la traversée
Du monde ils ont entrepris sans hésiter.
 
Un oiseau, un rossignol, volette autour des deux voyageurs,
Et c'est sans un son, tel un voleur,
Qu'il se love dans les bras musclés du Guerrier.
 
Depuis le départ du périple, il suit à ras
De terre les deux explorateurs, heureux
D'avoir à leurs côtés un tel compagnon.
 
C'est après un repas somptueux
Que la petite troupe s'enfonce dans les songes.
 
Un nuage, gris comme la barbe d'Ohlais,
S'aventure en toute innocence dans le ciel noir de jais.
Avec une grande gentillesse, il prit soin de ne point déverser
Ne serait-ce qu'une goutte sur le campement.
 
Une brise fraiche courre dans la plaine colorée,
Remplie de chênes et de châtaigniers, sobrement
Tâchés d'or, de cuivre et d'airain.
 
Une discrète touche de vert complète le précieux tableau :
Le tapis d'herbe ondule d'un
Seul et unique pas de danse, tel une vague
Balloté par le temps et les mauvais esprits.
 
Un chien jappe au loin. La nuit est courte dans cette partie du monde. Le soleil se lève.
La rosée tombe, et gèle aussitôt, prise
Par le froid nocturne. Le Guerrier sort des rêves,
Suivi du Moine reposé. L'oiseau, lui, préfère finir
Sa nuit. Les deux voyageurs se pressent
D'empaqueter leurs affaires, et avec bienveillance,
Ils secouent la branche, perchoir du rossignol.
 
Le Guerrier, comme chaque matin, se laisse attendrir
Par le petit animal. Le Moine, a pris de l'avance,
Bientôt, ils vont quitter les Terres Connues.
Et bien que personne n'en soit déjà revenu,
Ils ont hâte de découvrir de nouvelles contrées.
 
Peu après le départ de la compagnie, le fleuve Öl,
Aussi clair et brillant que le diamant,
Se présente à eux. C'est par un pont enjambant
Le cours d'eau, large de plusieurs dizaines de pas, que le poète et l'écrivain traversent
La frontière de leur monde connu. Car jamais plus loin
Ils n'ont été. Mais rien, pas même l'averse
Se préparant, ne pouvait écorcher leur envie d'explorer ce coin
De la carte d'Élélia, situé à la gauche
Sur le parchemin du Moine. Sur la route, une femme arrive, chevauchant
Fièrement son destrier. Elle ne semblait pas vouloir s'arrêter,
Et passa au galop, plus rapide que l'orage arrivant.
 
De grosse gouttelettes tombèrent et un éclair fit trembler
Le sol. Pas une ne pu toucher la troupe, mystiquement
Protégée par une quelconque divinité de l'Ancien-Monde.
 
Le paysage s'assombrit presque au même moment que le ciel, la faute
Revenant aux grandes forêts de conifères couvrant les flancs des hautes
Montagnes qui bordaient la vallée. Elles dominaient d'un air menaçant, presque
Méchant. Le lieux n'avait rien d'attirant, il était
Plutôt repoussant. La compagnie pénétra dans la forêt,
Avide de découverte.
 
Une onde de lumière émanait
Du bâton du Moine, telle une lame de feu vivace.
 
Un silence pesant régnait. Il n'y avait pas âme
Qui vive, ni chouette, ni musaraigne,ni laie.
Au fur et à mesure de leur avancée, la torpeur du matin s'efface.
 
De longues heures plus tard, le poète se tut.
Le Guerrier s'arrêta. Une ombre courait. Un râle se fit entendre.
 
Le Guerrier plongeait son regard dans les cendres, ressassant les vieux souvenir.
Un silence recouvrait l'assistance.
La taverne était bondée.
Peu à peu, les clients partirent.
L'aubergiste questionna le Conteur.
 
«Et le Moine ?»
 
Le Guerrier ne répondis pas.
 
La légende parcourut les villes.
Une histoire connue de tous, entretenant le mythe et la peur
D'un monde inconnu et inhospitalier ...
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