Mon cher ami,
 
Je suis aussi désolé que ravi que vous m’écriviez. Désolé car je plains le mal qui habite chacun de mes patients. Personne ne mérite les maux de notre monde, encore moins lorsque ceux-ci nous font douter de lui, ou nous en éloignent. Mais tout malheur s’accompagne d’espoir. Vous possédez la gangrène et son remède. Par la présente lettre, j’ai l’intime conviction à vous aider contre vos souffrances.
 
Vous citez Montesquieu, j’y répond indirectement par Bukowski : “Certains ne deviennent jamais fous... Leurs vies doivent être bien ennuyeuses.”
Entre vos lignes, je lis cette interrogation qui vous ronge, concernant votre état. Suis-je fou ? Ou vis-je quelque chose d’extraordinaire et terrifiant ? Je puis vous rassurer sur la notion de folie. Il est parfois nécessaire de céder à cette autre conscience, fortuitement ou de manière délibérée. De ce fait, votre esprit s’offre des plaisirs impossibles, permettant de soulager votre quotidien, trop commun pour nombre d’entre nous. Moi-même je m’autorise ces moments d’évasion, où nul autre ne dicte ses lois. Tout n’y est qu’imagination, une puissance infinie et insoupçonnée.
 
Votre cas est intéressant. Vous n’êtes point fou, rien n’indique qu’un trauma ou quelconque maladie ne soit intervenu. Je vous propose deux diagnostiques, mais il conviendra d’une rencontre pour décider d’une réponse définitive.
Vous évoquez les sens, et j’avoue ma surprise de votre connaissance si peu commune. Il est bien vrai que nous ne pouvons tout voir, sauf à l’aide d’invention qui exacerbent nos sens ou remplacent nos organes manquants. Mais naturellement, nos sens sont tel qu’ils nous ont été offerts, et la simple volonté ne peut prétendre à les développer de façon naturelle.
 
Vous dites sentir la présence de ce, comme vous le dénommez, Horla. L’existence d’entités fantastiques est avéré à travers de nombreux récits, cependant rien n’a encore pu crédibiliser le moindre de ces mythes. Alors même que de grands scientifiques y travaillent depuis des siècles. Je ne parle pas des ecclésiastiques, qui décident du résultat de leur travaux avant même toute expérimentation.
 
C’est pourquoi je vous suggère l’idée d’une mauvaise interprétation de vos sens. Une ombre particulière, un souffle sur votre oreille, des corps flous devant vous … La réalité ne change pas, seule notre perception se modifie, créant ainsi des absurdités propres à nous déstabiliser. Lorsque vous revivrez l’un de ces évènements étranges, forcer vous à trouver une explication logique, dicté par votre raison et non plus par votre corps. L’esprit est plus fort que le corps, même s’il est parfois soumis.
 
Dans le cas où aucune satisfaction ne vienne, je vous demanderais de prendre rendez-vous, afin que nous parlions d’une autre possibilité.
 
Docteur en psychiatrie
Ernando Guilam
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