Depuis vingt ans, les raves occupent toujours les gros titres, tandis que le rock s’exerce en catimini dans les caves et autres squats sans médiatisation. Mais font-elles toujours peur ? Avec une fourchette de 12 à 15 000 danseurs, l’Infamous Armada a fédéré bien au delà de cette musique de sagouin. Et les cochons que nous sommes avons bien kiffé.
Coup de bol intercosmique, on a enchaîné Heretik System, SP23 (Spiral Tribe) et donc TLescoP/Tek Hilarant. Tous les éléments semblaient mener vers ce week-end de flibusterie. On est passé par toutes les configurations, club, salle de concert, champs, voiture, salon. Un point commun, l’esprit RAVE ON. Il est partout maintenant, bientôt son avènement dans la pop culture, à terme son acceptation sans limite dans la loi française.
Pourquoi cette teuf qui devait réunir 6 000 personnes s’est transformé en une mer de 15 000, portant le galion pirate sans une once de fatigue ? Certes il y avait le cadre magnifique des Mont d’Arrée, le temps au rendez-vous et des décors très réussis. Pourquoi une heure de bouchon après nos deux heures dans la Clio, cette techno-mobile des temps modernes ? Certes le line-up envoyait du steak, l’info avait circulé depuis longtemps et un before à la Basse Division avait annoncé la couleur. Mais c’est vrai qu’il y avait autant de monde ? On a jamais été coincé dans le dancefloor et on a manqué de rien, sauf de chill. Si l’expérience et l’implication des organisateurs ont permis de rendre ce week-end de gros son aussi fameux, il convient de mettre en lumière le contexte qui a pu pousser autant de monde dans les montagnes du bout du monde.
Premier facteur, un phénomène inhérent à la techno parisienne, l’arrivée massive des nouvelles générations qui sont nées après ce BOOM anglais des années 80-90. Des vingtenaires, comme nous les cochons, hyper-documentés sur les différentes écoles de la musique électronique, du penchant minimal à son aspect totalitaire à 200 BPM. A ne pas confondre avec les kids des lycées qui font des festival électro comme des boites, mais en moins cher, qui ne connaissent aucune des têtes d’affiches hormis Fakear.
En tout cas, c’est toute une nouvelle frange de la population qui vient s’éduquer en rave. Et ils y retourneront les bougres, comment résister à l’appel du son et la liberté offerte par ce cadre ? Pas cher, techniquement digne d’un gros festival, la musique qu’on aime, et en plus le défi de rester le plus longtemps possible la tête dans le caisson, ça dépasse tout entendement.
Second facteur, le contexte politique. On va pas se mentir, depuis quelques mois c’est sacrément tendu et on sait plus qui on déteste le plus. Tout fout le camps, personne n’agit ou toujours en dépit du bon sens et de l’intérêt commun. Les contestations sont sévèrement réprimées. Sans politiser l’évènement, l’Infamous Armada, et les autres, ont attiré un paquet de gens fatigué de ces combats, avec juste l’envie de faire une trêve. C’était comme ce dernier morceau de gras qu’il fallait défendre pour survivre. Si on nous l’avait enlevé ce bout de paradis pacifique… Pendant le contrôle salivaire, les bleus nous l’ont bien dit, c’est pas en rave qu’il y a des problèmes. On déplore tout de même un viol.
Bien sûr l’amour de ce type de musique et la mentalité rave seront toujours le premier moteur des flibustiers. Il faudra veiller à ce que ne rien se perde. Respect du terrain, pas de chien devant les murs, évitez le verre, cendar de poche, respect de chacun… Bref les classiques à rabâcher. Mais la réussite d’une jaille pareille ne devrait plus surprendre. Combien de fois encore le mouvement rave devra-t’il prouver qu’il sait se gérer de manière autonome ? La rave, c’est propre (enfin ça dépend de l’heure), c’est accessible à tous, et c’est surtout très beau. Une parenthèse folle, visité par des parents et leurs enfants de primaire. A qui le tour ? Quand tout le monde y sera passé, ils pourront plus rien contre nous. Les 3 cochons ont les queues qui s’agitent d’avance.
Et si vous êtes comme nous et que vous aimeriez bien retrouver les sets de ce week-end, et ben allez vous brosser, faudra revenir en teuf. En tout cas le mec qui a ravagé Black Storm à mon réveil, t'es un foutu génie.
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