L’an passé, coup de canon dans les mont d’Arrée. Les sound systems TLescoP, Tek-Hilarant, Global Hybrid et Eole Unit s’unissent pour proposer une rave d’anthologie, et surtout légale. Si la jauge avait été estimé à 5 000 personnes, la réputation des collectifs et l’impressionnante scénographie en forme de bateau pirate a convaincu 15 000 raveurs de débarquer près du petit village de Botmeur, en face de l’ancienne centrale nucléaire de Brennilis. Un succès fracassant, sans incident majeur.
Infamous Armada 2016, scène Tek Hilarant et TlescoP - Crédit : Skatry photographie
Cette année, même patelin avec ses 50 centimètres de boue. Exit le bateau pirate parti au Brésil (en vrai), place au temple maya conçu par les Tek Hilarant qui viennent tout juste de fêter leur 10 ans en grandes pompes. Ils accompagnent les TlescoP et leur tout nouveau sound system, dont une partie fut racheté au stade de France, et l’autre designé par le célèbre ingénieur du son Marc.O, légende dans le milieu des sound systems. Ajoutez à cela les projections Vjing qui vont bien, on obtient un mainfloor assez monstrueux. Lenny Dee, Asphalt Pirate, X-Tech parmi d’autres sont venus réveiller les morts. Une seconde scène installée par les SubConscience, un tout petit poil plus calme, était aussi présente, avec un mapping et une déco impeccable. On tient à vanter également la qualité sonore de la scène dub tenu par le sound system Melodub, c’était très difficile d’en décrocher. Bref, pas grand chose à reprocher, hormis le parking trop juste. Ha si, est-ce qu’un jour nous obtiendrons un terrain propre ? On te rappelle, toi qui t’amuse devant les caissons, qu’on repart avec ses poubelles, d’autant plus que le site est classé Natura 2000. On le rabâche mais c’est pas pour rien.
Infamous Armada 2017, scène Tek Hilarant et TlescoP - Crédit : Shubi Photography
Si les musiques électroniques ont depuis quelques années reçu leur lettre de noblesse en France, merci Laurent Garnier et Jack Lang, certains courants ont toujours du mal à passer. Le métal s’est installé durablement, il suffit de voir le Hellfest, le Motocultor ou le Download Festival pour s’en convaincre, mais ce n’est pas le cas des hardcore, tekno, tribe, acid, etc... que l’on peut trouver en teknival, free et rave. Pourtant l’attrait du public pour ces musiques de l’extrême est là : les derniers teknivals du 1er mai et du 15 août ont réuni entre 25 000 et 60 000 danseurs, dans l’illégalité la plus sincère chère au mouvement initié par les Spiral Tribe, Heretik et compagnie… Cette affluence place les “musique de teufeurs” à la hauteur de la plupart des festivals, tel Panoramas à Morlaix, Transmusicales à Rennes ou encore Scopitone à Nantes qui sont des rendez-vous incontournables de la vie musicale électronique française.
Lenny Dee @ Infamous Armada 2 - scène Tek Hilarant et Tlescop
Bien sûr ces musiques issues du mouvement free et rave sont de temps à autre représenté en festival, surtout à l’Astropolis de Brest dont la scène Mekanik est dédié au hardcore et à la drum’n’bass, d’ailleurs programmée par Manu Le Malin cette année. Mais ce festival est particulier puisqu’il s’agissait d’une rave à l’origine, c’était il y a plus de vingt ans. On retrouve aussi quelques grands noms tel Maissouille, Elisa Do Brasil ou encore Radium de Micropoint dans des évènements purement commerciaux comme Dream Nation, l’after violent de la Techno Parade à Paris ou dans quelques soirées en club aux tarifs indécents.. Mais pour l’instant on cherche encore les Epsylonn Otoktone ou les Marmotek dans la programmation des Vieilles Charrues alors que l’on y a vu Motörhead et Rammstein. On s’échauffe peut-être un peu, le hardcore et la tribe sont sans doute encore trop confidentiels pour cela.
Infamous Armada 2017, scène SubConscience - Crédit : Shubi Photography
Des free party, il y en a à foison, pour peu que l’on tende l’oreille. Des raves légales, il y en a eu. Non, ce qui change aujourd’hui, c’est l’ambition de ces raves, plus grosses et avec une plus value artistique forte : des line-up internationaux, des décors chiadés, du mapping impressionnant, du matos réglé aux petits oignons… L’importance de la première Infamous Armada est peut-être encore sous-estimé, mais elle marque peut-être un important changement dans la mentalité du mouvement tekno et de son appréciation auprès du grand public. Autrement dit, la free party, ou en tout cas une partie de ses représentants, est en train de quitter l’underground et de créer un nouvel espace festif légal tout en respectant les idéaux originels des teufeurs. Deux objectifs qui sont compliqué à concilier, mais c’est sans compter la ténacité des collectifs souhaitant dépasser le conflit dans lequel le gouvernement s’est retranché et qui ne permet aucun dialogue depuis des années.
Infamous Armada 2017, scène Melodub - Crédit : Shubi Photography
Dans les dernières bonnes raves, nous pouvons citer l’Ethereal Decibel Festival et l’Hadra, orientés psytrance, l’Impact à Marseille mené par les collectifs Electrobotik Invasion, Psymind et Rave, les 10 ans des Tek-Hilarant sur le thème d’Alice au Pays des Merveilles, les Rencontres Alternatives à Rennes qui ont rameuté 10 000 personnes… On peut également rendre hommage au Totemystik, malgré tous les éléments se sont ligués pour son interdiction, de la mairie à la météo, et à l’Area 217, annulé au dernier moment deux années consécutives. Le tout dans un contexte particulier : jamais les sound systems français n’auront été aussi coordonné, on pense aux Manifestives dans les rues des grandes villes françaises en mars dernier, tout en conservant l’aspect à l’arrache si caractéristique des free, dédicace au bordel qui a entouré l'organisation du Teksud cet été.
Crédit : Pierre Bellanger
Mais qu’est-ce qui permet à ces collectifs de monter ces raves parfaites ? Et surtout, quel est leur credo ? En Bretagne on peut souligner l’ouverture historique quant aux fêtes libres. Les négociations avaient permises la tenue de plusieurs multisons, accord révoqué sans préavis il y a peu via des saisis illégales et qui ont précipité la tenue d’un nouveau Trans Off,  teknival qui eu lieu à Saint Brieuc en décembre en marge des Transmusicales. Plusieurs mairies et propriétaires de champs accueillent avec bienveillance les évènements rave, et le peuple breton est très festif. Mais les évènements que nous avons cité précédemment ne se sont pas tenus qu’en Bretagne. Le secret tient dans l’organisation administrative et l’ancrage local.
Tous ont en commun d’être des évènements de grande ambition artistique, organisé par des teufeurs devenus professionnels du spectacle. Les dossiers de demandes d’autorisations déposés en préfectures sont très solides, malgré les niveaux de sécurité très élevés demandé par l’Etat d’urgence et les débilités parfois demandées, comme la facturation de l’intervention des gendarmes. Des mairies soutiennent ces initiatives de raves légales, permettant un meilleur encadrement et donc une meilleure sécurité. Elles prennent conscience de l’impact positif que peuvent avoir de tels événements, qu’il soit économique ou culturel. Mais surtout qu’il est impossible d’empêcher les teufeurs de poser leurs caissons là où ils le pourront. La passion des raveurs alliée à un soutien politique montre qu’il est possible d’organiser des raves de la même manière qu’un festival. Et ce sans manquer à l’esprit rave : les évènements restent accessibles à tous par leur petit prix, il n’y aucune concession sur les styles, on peut toujours venir avec son propre alcool, il y a des parkings pour PL, on voit toujours des chiens trainer, on doit toujours participer au respect du site en ne laissant aucun déchets... et surtout le mot d’ordre reste la tolérance, une chose qui a tendance à se perdre dans le monde de la techno et de la house.
Rencontres Alternatives 2016 - Crédit : ClickClacktek
Deux éléments viennent appuyer cette tendance. Les services d’ordre et de secours saluent le très faible taux d’accident, largement en dessous des évènements musicaux plus classiques, preuve de la responsabilité des teufeurs et de l’efficacité des associations de prévention qui, rappelons-le, ne sont pas soutenues par les pouvoirs publics. Le second point tient en un élément de langage : les médias ne font plus mention de “free party”, de “rave” ou de “teknival” en emmêlant tous les termes, mais évoquent davantage les termes “rassemblements techno” voire même “festival”, et mettent en avant l’aspect artistique prédominant. Soit un vocabulaire nettement plus rassurant pour le lecteur néophyte et qui permettra dans un temps plus lointain l’intégration de la rave dans les moeurs.
TOUTENKAISSON by LES INSOUMIS - Crédit : Trop vieux pour le hardcore
On espère sincèrement que d’autres collectifs vont suivre la mouvance, et monter des soirées plus belles encore, car c’est comme ça que le gouvernement l’aura dans l’os. Cela n’empêche pas cette branche soft de défendre la suppression de l’amendement Mariani, cette loi qui encadre durement la tenue des free party, tout autant que certains sound systems moins conciliants, tel le Collectif des Insoumis qui font de l’illégalité un terrain de jeu excitant, à l’ancienne. Notons que l’association Freeform organisait ce weekend les Rencontres Nationales de la Fête Libre, afin d’assurer une coordination entre les sons. S’est également tenu un teknival dans les Alpes, le bien nommé TeknivAlpes.
PS : on vous met aucune référence vers des articles qui attestent de nos dires. Parce qu’on est teufeurs et qu’on s’en branle. T’as qu’à chercher. Par contre tu peux aller voir les superbes photos par Shubi de l'Infamous Armada 2. Rave on.
Crédit photo : Corentin Kieffer
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