Les trois cochons sont partis à l'abattoir se faire charcuter par les BPM. C'était pas du Mozart, mais depuis le temps qu'on voulait taper du pied sur du hardcore... On a bien fait quelques free-parties, mais elles étaient plutôt orienté trance. Pour l'une d'elle, la légende racontait qu'un plan de weed avait poussé tout seul dans le tracteur du propriétaire du terrain. Un saint parmi nous, entouré de chèvres devant la scène chill, un thé au gingembre à la main. Et finalement, les Heretik au Cargö de Caen, c'était pas si éloigné.
Ouai on est jeunes. On a pas connu les grandes raves des années 90, les esprits rebelles, drogués et infatiguables. Mais on s'est documenté sur le mouvement. Histoire, philosophie, dérives, on maitrise comme de bons élèves qui vont passer leur oral d'examen. En causant avec vous, on vous a mis des claques. Déjà 20 ans que vous ravez. Ca nous a fait plaisir d'être les petits, parce que nos dernières sorties, on avait plutôt l'impression d'être des grands frères (Capsule, Panoramas, Don Jigi). On est venu les étoiles dans les yeux pour voir vos mythes de l'histoire des musiques électroniques et de la défense de la liberté. Faut aussi avouer qu'on en avait marre de danser sur de la techno fadasse, on voulait se prendre une bonne pêche dans la tronche.
Une chose est sûre, c'est plus comme avant. Exit les infolines, les tracts distribués sous le manteau, les cortèges de camtards.. Ici vous êtes dans tout ce qu'il y a de plus officiel. Et confortable. Annonce sur les places restantes, timetable en avance, ticket électronique... Certains disent que ça perd de son charme. N'empêche qu'on guettait toujours la maréchaussée vadrouillante et qu'on a pataugé dans la piscine des sanitaires. Des signes qui ne trompent pas, c'était une vraie teuf. Mais quels sont les éléments qui nous permettent de donner ce label alors qu'on est pas issus de ce monde ? (Ouai, notre premier festoch c'était les Vieilles Charrues pour voir Motörhead). 
On était pas là que pour votre aura mystique, votre musique de sauvage et votre vjing daté. On venait aussi militer, dire que les musiques électroniques, on les aimait toutes, qu'il fallait arrêter de saisir du matos dans les champs juste parce que des gens hors-normes écoutent de la musique hors-norme. Même si l'électro s'est normé comme le rock, avec ses différentes chapelles. Mais la soirée ne se prêtait pas au militantisme. On était en terrain conquis, avec un débat stérile puisque tout le monde était d'accord. C'était plus une réunion d'amoureux, ceux qui veulent danser et sourire.

"- Les gens sont cools.
- Grave, t'as vu ça ? Vous venez d'où ?
- De Bretagne.
- Super stylés, on kiffe la Bretagne."
Nous aussi on apprécie la Normandie vous savez. Mais on a surtout aimé cette ambiance calme et sereine. Nan nan, on vous jure que la musique tapait fort : la petite scène avait un ton chaleureux, enveloppant, la grande était froide et percutante. C'est du public qu'on parle. Toujours une excuse quand tu te fais bousculer, chacun paye sa clope, voire plus, personne te refuse une goule de bière alors que tu te déssèche. On a vu qu'un seul mec de malade, et y'en avait 10 autours pour le surveiller avant d'appeller les secours. On a vu qu'un seul connard BCBG en marcel, draguer lourdement TOUTES les filles sur son chemin. Qu'on recroise pas ta route mon pote, être aussi minable a un prix.
La vie.
C'était de la vraie musique de bourrin comme on l'aime, comme on l'attendait. C'était un vrai public de bisounours, éclectique. On s'est sentit à la maison, clairement dans le mood. C'était une vraie teuf dans l'esprit, comme annoncé sur l'event FB. On a réussi notre examen, jusqu'à l'aube et la fermeture. Comment on le sait ? Parce que les gens parlaient le même language que nous : paix, amour et musique. Notre pèlerinage ne s'arrêtera jamais. Prochaine étape on l'espère, Keith Carnal, Myler et Huoratron dans une warehouse monstrueuse.
Edit : Finalement ils l'ont lu. Et on leur dit merci pour ce partage sur la page FB du crew.
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