Qu’elle est la principale chose qui nous différencie des animaux ? A mon sens, il s’agirait de l’art. Aucune autre espèce que l’humain ne pratique cette activité. Il convient alors de comprendre le sens, le but de cette démarche : pourquoi faisons nous de l’art, pourquoi avons nous besoin de l’art, que l’on soit artiste ou spectateur ? Les sentiments. Nous en avons tellement, parfois libres, mais si souvent enfouis en nous. L’art nous aide à les comprendre, à les montrer aux gens indirectement. Car jamais nous ne pourront apprendre à les contrôler. C’est tel si nous pilotions un cerf-volant, il y a toujours cette part de nature qui vient déranger le chemin que nous souhaitions lui faire prendre.
Ainsi l’art est l’expression des sentiments d’un humain, à l’attention des autres humains. Cette expression peut nous toucher de deux manières : soit nous comprenons ce sentiment, il en appelle un très semblable que nous aurions caché, et alors l’impact est fort, l’identification immédiate. Ou alors l’expression de l’artiste nous ouvre une porte émotionnelle que nous n’avions envisagée. C’est là la force extrême de l’art, permettre des horizons d’émotions nouvelles. Pour ma part, trois films ont été ces portes. Et avec elles, ma sensibilité exacerbé.
 
Le premier d’entre eux est un film de Danny Boyle, Sunshine. Des humains partent dans une quête désespérée pour sauver la Terre de l’extinction du Soleil. Ils manquent d’échouer à cause de leur rencontre avec le commandant de la précédente mission raté. Celui-ci semble porter un culte fou envers le Soleil. Un plan résume ce culte : un homme se tient debout face au soleil mourant, gigantesque, dans une salle du vaisseau qui l’y conduit. L’homme, si petit, si impuissant dans cet univers qui le dépasse. De quel droit se permet-il d’en changer les règles, de trouver le moyen de le contrôler ? Ce plan m’a subjugué, j’aurais aimé qu’il dure des heures, des jours ! Il m’a appris à voir au delà de la première apparence des choses, de chercher, de creuser, de ne plus voir ce qu’il y a juste au bout de son nez. J’avais l’envie de tout remettre en perspective, de tempérer chaque situation. J’ai découvert le recul. J’ai ouvert les yeux aux choses qui nous dépassent.
 
Le second film est exactement l’inverse. Dans Tree of Life de Terrence Malick, un plan montre des rayons de soleil à travers les feuilles virevoltantes d’un arbre. Un choc : il y a du beau partout, pour peu que l’on prenne le temps de s’y attarder, de le trouver. Un reflet, un goutte, un vol d’oiseau, un pétale … J’ai découvert combien notre monde qui nous entoure directement est magnifique, jusque dans la moindre de ses petites choses. J’ai vécut l’émerveillement. J’ai affûté mon regard.
 
Un troisième film, Black Swan de Darren Aronofski, m’a montré qu’il pouvait y avoir du beau dans l’humain également. Dès le premier plan du film, où Natalie Portman danse avec la caméra et où la caméra danse avec elle. J’éprouvais du rejet envers le genre humain, avec ses oeillères et sa folie destructrice. Mais l’expression et les mouvements de l’actrice m’ont marqué. Je me suis sentis brutalement démuni, j’avais tort, il y a aussi du beau en l’humain ! J’eus du mal à l’accepter, j'entrai en conflit avec ma vision du monde pour plusieurs jours. J’ai décidé d’aimer aussi les humains, ce qu’ils avaient à nous offrir. Je me suis ouvert aux sentiments.
Et j’attends impatiemment la prochaine porte.
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