De quoi on va parler ?
Astropolis, c’est cette fameuse rave bretonne qui a diaboliquement participé à l'essor de la musique électronique en Bretagne, et qui s’impose aujourd’hui comme l’un des festivals les plus réputés à travers le monde. Tous, on dit bien TOUS, les plus grands sont passés par cette messe annuelle ou au moins aux soirées qui ont lieu tout au long de l’année, telle la Fortress, Astro l’Hiver, les Cabarets Soniques… Si vous connaissez pas Astro, vous êtes carrément out du monde de la Techno.
TXTR, c’était la grosse soirée du collectif Organisme Texture, un crew à la mode qui opère dans les environs de Rennes, dont les fait d’armes rassemblent une bonne dizaine de soirées techno dans des hangars ou avec les autres collectifs hypes de la capitale bretonne, tel Chevreuil ou Midi Deux. Ha oui, et leur logo ressemble vachement à celui de Savoir Faire, la boîte qui gère le management de pas mal d’artistes électro en France.
La Techno vous connaissez, sinon vous liriez pas ceci. Si on peut dire que le genre est né dans les années 80 entre Détroit et Chicago avec Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson ou encore Jeff Mills, il a connu un second souffle en Europe, juste après la vague French Touch 2.0 (appellation décriée qui vise la période Ed Bangers, Marble, InFiné, Sound Pellegrino, Bromance…). Depuis, c’est le genre qui cartonne en Europe, avec un axe Londres-Paris-Berlin particulièrement en forme. Les mythes qui entourent le Berghain, le Trésor, la Fabric ou encore la Concrete sont très représentatif de ce qu’est devenu la Techno : un espace hyper normalisé qui ne tient debout que par la MDMA. La D, on aime, les normes un peu moins.
Pour vous donner le contexte, on est parti un an vivre en Corse. Dans la montagne Corse, dans le fief du FLNC, ce collectif de terroristes pas très ouvert sur la musique électronique et qui a fait péter l’Amnesia en 2000, ce super club près de Bonifacio. Donc en Corse, pas de teuf, pas de Techno. Tout juste un set minable de Traumer dans un placard (La Montagne) à Ajaccio, une petite soirée hippie au parc de Saleccia et un tout petit concert du label Chinese Man Records à Bastia qui s’est clôturé à 1h du matin. Bref pendant un an, c’était pas Bizance. Vous pouvez toujours comptez sur quelques soirées bien commerciales en été, Calvi On The Rock notamment, mais c'est pas pour nous. Donc on revient en Bretagne dès le début de l’été, pour fuir les touristes qui envahissent l’île, et on est chaud comme la braise. C’est marrant mais on aurait dû sentir le truc venir. Déjà l’hiver dernier, la soirée avec Terence Fixmer au Vauban n’était pas folle. Puis on téléchargeait plus tant que ça d’EP ou d’album de Techno. Le dernier en date, c’était la petite bombe d’YYYY, Relic.
Astroplis #23
Puis Astropolis, dont nous sommes de fidèles et fervents danseurs, nous a presque déçu. Qu’il s’agisse du chapiteau ou de la scène du manoir, le même son, peu de variations, pas de prises de risques, pas de jeu avec le public… On fait même plus attention aux noms des DJs, de toute façon la timetable a été bousculé par le blocage de certains artistes à Paris après une alerte attentat à Charles De Gaulle. Même le chill out ne correspondait pas à notre définition du chill out. C’est l’endroit posé où tu te détend sur un transat ou un canapé en roulant ton pétard, nan ? Là, va comprendre pourquoi, t’avais les oreilles agressées par des types qui voulait te faire bouger alors que tu es venu pour NE PAS bouger. Enfoirés. Même la déco nous a pas plus branché que ça, quelques fils à linges tendus entre deux spots.
Y’avait tout de même du bon à Astro, il faut le dire. Jacques à l’Astroboom, ce concert pour les enfants devant la mairie, ou encore le gratuit Beau Rivage x Piknic Electronik avec sa super vue sur la rade de Brest sous le soleil. Le must, c’était la scène Mekanik, dont le line-up fut monté par Manu Le Malin, en pleine gloire après la diffusion de l’excellent documentaire Sous Le Donjon de Manu par le collectif Sourdoreille, et la sortie de l’EP Misericordia, en duo avec Electric Rescue du label Skriptom.
On avait rarement vu un enchainement d’Hardcore aussi sec et doux à nos tympans. Bon, honte à nous, on a loupé Marc Acardipane, sous le pseudo The Mover, dont le morceau We Have Arrived marque la naissance du genre. Donc on démarre le truc avec Manu Le Malin, qui balance en majorité des titres que l’on retrouve dans son docu, mais la magie opère grâce au contexte, au public et au Vjing de qualité. Puis les fameux Casual Gabberz viennent nous en coller une sévère, alors que pourtant on avait pas été convaincu par leur compile Inutile de Fuir. On prie toujours pour qu’ils diffusent leur set sur Souncloud ou autre, mais on est sûr de retourner les voir ces bougres. Puis vient Mindustries, mammouth de la scène qui vient te peler la fourrure pour te découper en morceau et t’embrocher dans la fournaise. La foule s’embrase, sous le discours de Manu qui explique l’aller-retour express d’un chauffeur pour aller chercher les DJs à Paris dans la nuit.
Des gens nous on dit que Jeff Mills c’était génial. Sans doute que c’était vrai, mais l’a déjà vu trois fois donc on a pas fait. On a clôturé ce festival sous la Techno de Barnt en B2B avec Joy Orbisson. C’était vraiment bien, au point de ne pas regretter Möd3rn. Pour Barnt, Chappell nous avait laissé de marbre mais son album Magazine 13. fut très intéressant. Quant à Möd3rn, si leurs premiers concerts nous avaient rendu amoureux instantanément, leur LP Trois nous a démotivé d’acheter la bague de fiançailles.
Texture présente TXTR
TXTR, c’est un tout autre délire. Un collectif jeunot, terme non péjoratif, mais ambitieux se lance dans un event semi-pro. Curieusement le milieu rennais est loin d’être saturé de Techno ou de House comme l’est Nantes. Il y a bien l’Ubu ou encore le 1988 Live Club qui ont vu passer de belles têtes, mais la ville préfère les petits artistes undergrounds dans les bars, L’Aeternam en tête, sans oublier le Combi ou le Chantier. Des festivals, il y en a, mais aucun purement dans le genre. Rennes aime l’éclectisme et les spots à dégotter, les festochs aux progs recherchées, façon Transmusicales, Made ou Maintenant. L’Organisme Texture correspond exactement à cette recherche, ayant passé et organisé des soirées dans les spots branchés de la ville. Pour cette soirée TXTR, ils ont vu plus grand : 3 000 danseurs. Bon certes la jauge d’Astro se situe entre 8 et 10 000. Reste que l'événement prend un aspect convivial immédiat puisqu’on recroise très souvent les mêmes personnes. Et c’est cela qui sauvera la soirée, à 20 balles le ticket quand même.
Dès l’entrée c’est un foutoir absolu, il te faut plus de vingts minutes pour passer la première barrière, compressé comme pas deux au milieu d’une foule de 300 personnes. Ils n'étaient que deux vigiles à l’entrée, on les soutient les pauvres. Après c’est open bar, que t’ait ton ticket ou pas, les bénévoles s’en branlent, beaucoup passent sans le précieux sésame. Alors soit on était plus de 3 000, soit la soirée n’était pas sold out comme annoncé mais fallait faire rentrer du monde pour venir consommer. Ou alors les jeunots (terme ici péjoratif) se sont clairement fait débordé : les vigiles qui balancent des sacs poubelles de verres à même le bitume entre les files de fouille, les chiottes qui débordent à minuit, des bouteilles d’eau à 1€, des lumières et des lasers qui te pètent les yeux quand tu regardes la Bloc Stage, un seul vigile en crash barrière, le bar qui n'est pas eu courant du point d'eau gratuit…
Puis la musique… Sur la Jungle Stage, c’était pas de la Jungle, juste de la Tech-house tout ce qu’il y a de plus commercial, du déjà vu et ré-entendu mille fois. Quand à la scène Techno, il faudra attendre Sunil Sharpe pour nous envoyer une vraie Techno qui t’emmène loin. Dommage, c’était le dernier artiste, entre 3h et 5h. Les autres DJs auraient pu mixer sous le même pseudo Normalized Techno, on aurait pas vu la différence.
On mettra à l’honneur le mec de Texture qui a essayé de mettre 3 morceaux après la fin des sets, malgré les platines qui plantaient. Franchement fallait pas, ils étaient archi connus, tapait beaucoup moins que le final parfait de Sunil Sharpe et en plus le public était perdu : trois fois les gens sont partis en pensant que c’était fini, puis revenait en entendant quelques boucles, puis repartaient quand ça replantait… Une blague.
D’un avis général, la soirée manquait de qualité musicale. Il suffisait de discuter deux minutes avec n’importe qui sur le chill out pour s’en rendre compte. Certes le coup des conteneurs pour faire la déco était sympa, même si plutôt anxiogène pour une foule sous MDMA tellement ils renfermaient l’espace. Le collectif semblait très fier d’avoir pu louer des Funktion One, les enceintes ultra-super-top qu’on retrouve dans les plus grands clubs du monde, mais qui correspondraient à une Techno aseptisée et à un univers de la hype qui n’a pas lieu d’exister selon les préceptes initiaux de la musique du futur. D’ailleurs au passage, les teufeurs préfèrent les caissons Martin en règle générale, et acceptent tout le monde en proposant un prix dérisoire pour leurs soirées.
Si ces deux évènements, qui avaient tout pour plaire à l’origine, se sont révélé fort désappointants, c’est uniquement lié à la scène Techno qui a cette terrible tendance à s’auto-copier. La Techno est devenu industrielle, et on parle pas de la Techno Indus comme sait en faire Huoratron, on parle de celle de Marcel Dettman, d’Arts Records, d’Agoria, de Drumcode Records, de Len Faki, d’Affin Records, de Perc Trax Records, de Ben Klock… Si ceux-ci ont proposé de très beaux tracks, force est de constater qu’une immense majorité de la scène Techno copie leur style, au point d’en faire un dogme simpliste et chiant. Y’a qu'à aller sur le groupe Chineur de Techno ou la chaine Hate pour s’en rendre compte. Peu importe la puissance des basses, les pépites Techno deviennent difficiles à trouver dans ce flot ininterrompu de sets et de DJs qui nous envahissent. On s’ennuie, on aimerait de la surprise, des sons qui nous prennent aux tripes, ceux qui te font serrer de la mâchoire encore plus fort que la MDMA. On a l’impression de danser devant de faux DJs qui ne sont là que grâce à une bonne image sur les réseaux sociaux.
Ensuite il a la grande galère de l’état d’urgence. Les évènements culturels ont dû revoir leur sécurité, et un paquet de festival se sont vu annulés au dernier moment. Curieusement il s’agit souvent de festivals indépendants et avec un son plutôt underground (Area 217 et Totemystik en tête de ligne). Au Vieilles Charrues, on a vu le camping interdit aux festivaliers qui n’avaient pas le ticket correspondant au bon jour. A Astropolis, on a passé 3 ou 4 fouilles. Les organisateurs doivent dépenser plus en sécurité, ce qui augmente mécaniquement le prix des billets tout en cassant le délire de ta soirée quand tu te rappelle brusquement, en étant bourré, que l’Etat a plus la flippe que toi.
Heureusement que toi public, tu es toujours aussi chouette, parce que ça devient lourd tout ça.
Sinon ce weekend on a eu :
- La free party a connu sa 19ème saisi de l’année.
- Le Collectif des Insoumis qui s’insurge des frais demandés par l’Etat d’urgence pour protéger les évènements.
Pour ceux qui en ont marre, on vous propose le Teknival du Sud, du 11 au 15 août. Sachant que les deux derniers tekos ont réunis respectivement 45 000 et 60 000 personnes, il y a forte probabilité que cela donne la plus grande fête illégale de l’année. Et l’une des plus excitante également. Et qui sait, y’aura peut-être de la Techno, sinon c’est pas grave, la Tribe et le Hardcore c’est bien aussi, voire aussi bien. Tendez l'oreille.
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